Elle se dressa devant lui la femme en noir,
Réclamant le paiement de son dévouement.
C’est par moi que tu es là et que tu es toi !
Rends moi grâce et ne me déçois pas, dit -elle !!
Il n’eut pas le choix cet enfant, ainsi était là loi.
Œuvrant mois après mois, années après années,
Il gravit un par un les échelons de la renommée.
Offrant à chaque instant le tribut dûment réclamé.
Il devint un homme de bien, honoré et respecté,
Récoltant louanges, reconnaissance et félicitations.
La femme en noir était satisfaite et pouvait se retirer,
Sa mission était finie , son devoir accompli !
A sa grande honte , il se sentit soulagé, libéré,
Il osa , bien fugitivement d’abord , rêver.
Affranchi de son fardeau , il devint un autre lui
Celui qu’il avait enfermé , profondément enfoui.
Il découvrit , l’amour, la passion, la déraison.
Il fit fi de toute lucidité, gorgé de tentations
Se gaussant des cœurs brisés, des âmes blessées
Se gavant jusqu’à l’écœurement de sensations.
Mais parfois la femme en noir revenait le hanter,
L’empêchant de dormir, lui rappelant le passé.
Il se mit à la haïr, retrouvant dans ses conquêtes
Son visage, son parfum , ses gestes, ses aspects.
Ses quêtes furent dorénavant désordonnées
La femme en noir ne cessait ses assiduités
Plus il la rejetait , plus loin il la repoussait
Plus elle revenait par des moyens détournés
Jusqu’au jour où il osa la regarder en face.
Affrontant son visage ridé et ses larmes .
Tu fuis , dit elle, mais peux tu t’échapper?
Vois ce que tu es devenu , tu t’es perdu !
Pour la première fois depuis très longtemps
Il arrêta sa course aux plaisirs effrénés
Le temps avait passé, il était à la maturité.
L’heure de rendre des comptes avait sonnée
La femme en noir lui présenta un miroir,
Et horrifié, il ne vit qu’un vieillard fatigué,
Prenant conscience qu’au soir de sa vie
il n’avait point vécu….
Nous avons tous notre femme en noir
Ange gardien ou ombre malfaisante,
Elle est notre conscience …notre mère !